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Un Jour en France

La Vegemite de Proust

Il y a des envies cruelles comme des souvenirs anodins. Ici, c’est chez moi. Là-bas, c’était aussi un peu chez moi. Et là-bas, je pensais à ici. Ici, je pense à là-bas. Forcément.

La France, un pays bizarre. Déjà, il fait froid. Ensuite, les gens font la gueule. Pour ce qui est du mode de vie, il est tout à fait sédentaire. Ils ont une plage mais sur les quais de seine, ils surfent mais sur internet, ils ont un barbecue mais tefal, ils sont plutôt béret qu’akubra, ils ont des vaches folles mais point de kangourou. Ils n’attendent pas apres un cyclone, ne chassent ni les mouches ni les araignees, ne connaissent des ibis que les hotels, n’ont pas de roo-bar mais ce qu’ils appellent des pare-chocs. Et limite séniles, leurs phrases se terminent toujours par ces mêmes mots : c’est la crise.

Nous, Australiens, avons l’animal le plus con du monde. Eux ? A part des cons de moineaux, je ne vois pas*. Et les exemples pourraient pleuvoir, car culturellement, les français sont complètement largués. Dire qu’ils  n’ont jamais entendu parler de Craig Foster (ils ne connaissent pas leur bonheur) et de Slim Dusty (ils ne connaissent pas ses classiques)… Pire, à Woolworth Carrefour j’ai beau cherché ils ne boivent ni de VB, ni de Toohey’s, ni de Carlton Draught, ni de Carlton Mid, ni de Coopers, ni de Gold, ni de Crown ni de James Squire ni de bref etc.

La France est en pleine décadence et je le confirme. La France n’a pas changé. Elle semble aussi chère, aussi bête, aussi larguée. Comme disait Cathy Guetta, Fuck me, I’m french. Ou un truc comme ca.

Fuck off, this is Australia. Il y a des odeurs qui remontent, des souvenirs à la surface et des parfums à humer encore et encore en live. Rien à faire des bières allemandes…Je veux une toohey’s new, si possible une Coopers pour le plaisir du gout et par-dessus-tout, car c’est des souvenirs qu’elle renferme, je veux de la VB. Et là, que je sois bien clair, ce n’est pas une question de gout ! Même la vegemite semble moins amère avec le temps. Ou disons que je me suis éloigné à une distance raisonnable de l’Australie.

Nostalgie… Je me souviens des ces hôtels backpackers bondés, des cuisines aux  trois casseroles pour 120 têtes, et je les regrette, tous. Chacun d’entre eux. Même eux. Même ces  rideaux reposant en paix depuis longtemps. Même ces ronfleurs ne reposant pas en paix et ce depuis trop longtemps… Même…Même.

Je pense à ces kilos en trop, environ une trentaine que je portais sur le dos et ces souvenirs que je porte désormais sur le cœur. Du passé que je demande au futur. De Port Lincoln, Colac, Perth, Cannington, Shane, Shane, Shane… de tous ceux qui m’ont manqué de respect (ou de peu), des filles que j’ai manqué (même de peu), de la Vegemite, du Hungry’s Jack, des pizzas, des meat pie, de crocodiles me réveillant en sueur, des pauses qui n’en sont pas, des pas qui n’avancent pas, des cafards sur et sous mon lit, de cette araignée sur mon oreiller d’infortune, de ce crocodile devant moi, de ce serpent sur la plage, d’un autre truc jaune tout aussi mortel et qu’on appelait camper-van, du noir matinal de Talbot Bay, de ses perles, sa machine, ses requins, son crocodile… Bref, j’en ai parlé et reparlé. Sur la toile. Car à la question alors comment c’était ? qu’as-tu préferé ? Je suis toujours aussi bavard. Déjà, je ne sais pas quoi répondre. Et surtout, les confrères me comprendront. Ce ne sont pas des choses qu’on a envie d’étaler, de partager, de repéter aussi… C’est inutile, les gens n’ont pas connu, pourquoi se casser la tête à raconter ce qu’ils ne comprendront pas. Mais à défaut de faire mon intéressant, je suis poli alors je me tais et je souris : oui, c’était bien.

 Mars, avril, mai… Maintenant que je ne sais plus ce que je fais, il est temps de finir ce blog et de passer à la suite. Ah… Et merci.

Et maintenant ? Maintenant, je sais que je ne sais rien.

 

 

 

 

* Rectification : ils ont Roselyne Bachelot

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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