Les vieux disent « c’était mieux avant ». Les instables disent « c’était mieux là-bas ».
Si les habitudes partent vite, les reflexes sont tenaces. Là-bas, je m’aperçois que c’était un peu chez moi. Les repères sont toujours éparpillés. Je voulais les miens, j’aimerais aussi ceux que j’ai construit là-bas. Ma chance, c’est que ces liens n’étaient pas très solides. Ce sont des lieux, des vies, cette vie qui me manqueront. Les gens, non.
Paris. Je revois quelques personnes. On m’évite les « t’as changé » et tant mieux même si c’est tant pis. La question n’est pas : comment c’était ? Mais pourquoi t’es rentré ?! Même son de cloche dans les boites d’intérim. LA CRISE LA CRISE LA CRISE, on le saura…
En attendant l’encaissement d’un chèque australien, 0,98 euros ne suffiraient presque pas au prix de la baguette. Heureusement que je suis chez ma mère… La vie était vraiment moins chère en Australie !
J’ai deux amours : Paris et la Rue des Martyrs. Beaucoup de petits cafés, bars, restaurants ont été repris. Mais jusqu’ici tout va bien. Jusqu’au drame. Le vivarium n’est plus.
Si l’Australie me manque, je ne sais pas. J’évite de prendre le temps d’y penser. Ca viendra assez vite, dans tous les cas, brutalement. Les jours passent et chaque personne que je revois a les mêmes questions : pas trop dur ? ca ne te manque pas trop ?
Puis un boulot innintéressant y contribue. Chaque jour, l’envie – le besoin -, grandit un peu plus. A la vue du cimetière, je m’évade ailleurs sans trop de mal.
Et cette manie aussi de rouler à droite…
Je sors du taf et mon œil se dirige sous mes pieds. Un paquet vide et aplati de Winfield rouge. Le logo m’intrigue, c’est un kangourou. L’Australie nuit gravement à la nostalgie. Marchant droit le macadam, j’enjambe un serpent mais ce n’est qu’un ver de terre. Je rentre chez ma mère. Seuls Arthur et Louis la Brocante m’attendent. Sans surprises, je m’endors difficillement.
« Putain t’as raté quelque chose, on nageait dans un banc de thon ! » Je n’ai pas connu mais le rêve fait rêver. « Fais-ca lundi si t’es encore à Port Lincoln ». Lundi, je pointe connard !!! Je ne sais pas trop à qui je réponds mais le réveil est vulgaire.
Deux mois et demi après être rentré, je retape enfin les papiers sur le pc. La nostalgie me tient, la fainéantise me guette toujours. Mais cette semaine, fini la flemme et les cassettes sans intérêt. Ce soir, je suis pressé de continuer ma journée. J’ai rendez-vous avec les crocodiles.
Puis le soufflet redescend, la routine reprend ses droits et les semaines défilent sans que je vive mes ambitions. Quant au besoin, il est toujours pressant, présent. L’Australie me manque. Un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout… Les journées passent et un certain gâchis aussi. Il faut bien bosser, alors bossons… Je vivrai mes rêves plus tard. Si ce n’est pas trop tard.
Demain, une journée passera encore sur le compte en banque. Et c’est tout.
Et bien le Bombé. C’est tout.
Ce tout qui n’attend qu’à s’élargir et s’agrandir à nouveau.
Te laisse pas allé, t’en verra d’autre. Les ambitions on s’en fou. Ce qui compte c’est ton métier, c’est ce métier. Toute une vie.
Rien qu’une vie.
La revedere