Mais tu veux visiter ma communauté ? J’aimerais, oui ! Mary est influente dans cette communauté proche d’Alice springs. Je l’ai rencontre la veille, grace a une connaissance de Darwin, Kostas. Je n’attends rien, ce n’était pas prévu, on verra bien…
Et ce que je vois ce jeudi soir n’a rien de nouveau. Je devais interviewer Mary mais le premier echange est sans surprises : alcool. C’est ca aussi la realite du peuple aborigene. « Nous allons au jungle dump, c’est l’endroit ou nous avons l’habitude de boire ». Je les découvre au fil des heures et des canettes qu’on laisse sur le sol. Ca me gène mais je n’ai pas le choix, ils ne me le laissent pas. « Tu t’en fous, balances la… ». L’alcool monte au cerveau de cette dame, ancienne enseignante qui me barbouillait il y a encore quelques minutes des mots de français appris dans son enfance. La, elle pleure. Les autres s’en amusent. « Elle a trop bu, elle est un peu débloquée… ». Ca ne me fait pas rire. Pas d’histoires sensationnelles mais il y a des choses que je ne raconterai pas. J’ai de la pudeur. Pour eux. Je n’ai pas encore fini ma canette qu’une autre me tombe dans les mains. J’ai beau dire que « je suis bien », c’est presque imposé ! Que ce soit ici ou dans les perles, cette attitude m’enerve. En France comme ailleurs en Australie, on ne m’a jamais rien imposé, j’ai toujours su dire non aux differentes drogues « qui font bien ». Que je passe pour un petit joueur m’est des plus egals, c’est plutot du mepris qui coule en moi pour ces gens-la. Pas de consideration pour ceux qui jugent et respectent les autres selon leur aptitude a « prendre » et a « paraitre ».
« Nous sommes un peuple qui souffre en silence. Tu nous vois sourire mais c’est comme Mona Lisa. Il y a quelque chose derriere ce demi-sourire ». J’accompagne Roseanne demain matin au Art Center, elle y travaille et y est, parait-il, tres influente. Je me souviens que Desmond m’avait aussi dit ca il y a six mois, que j’etais « tombe sur la bonne personne », qu’il me « montrerait tout »… Il etait surtout bourre. La, je crois que c’est different. Deja, ils me l’ont dit a jeun. J’annonce mes intentions et a chaque demande de ma part je suis surpris, c’est un oui categorique. « On veut partager, que tu apprennes, racontes la verite… ». En attendant d’apprendre, je decouvre un nouvel endroit pour boire. Je propose ce que je ne veux plus mais… « non, mon frere te l’as offert c’est ton cadeau ». Une bouteille bien sur… C’est son frere, donc. J’ai droit a l’arbre genealogique de chacun. Y’a l’oncle, la soeur, la mere, le cousin de la grand-mere du neveu…J’oublie tout, forcement. « C’est l’epreuve de sociabilisation », boire et rigoler ensemble. Des fois, la vie se ressemble entre Aborigenes et blancs Australiens. Michael ou Max ou je ne sais plus son nom me raconte je ne sais plus quoi. Puis Snoop Dog (car il a la degaine us) m’interrompt, mais lui est plus heavy music que rap. Combien de temps comptes-tu rester ? me demande Mary. Je ne sais pas… 3 ou 4 jours et l’on verra ensuite, je ne veux pas deranger. « Tu es plus que le bienvenue. Si tu veux nous comprendre, tu dois rester plus ». C’est vrai que pour l’instant j’ai surtout compris qu’ils aimaient boire. Il fait nuit, les chiens gueulent et derriere les arbres, deux lumieres blanches s’approchent. Qui est a l’interieur ? J’imagine des gens dans le meme etat. Gagne sans joie.
Qui c’est elle ? Et lui ? Ah, ok. On me presente tout le monde, les noms s’enchainent. Je decide de hocher la tete, comme bien trop souvent lorsque je suis perdu. Je ne comprends rien, la c’est normal ils parlent Arrernte ou Warlpiri (deux langues aborigènes de la région) et ca fait 5 minutes que ca dure. Ma parano et Mary me confirment qu’on parle de moi. Je suis accepte m’apprend t-elle. Est-ce l’alcool ? La pleine lune sert de spotlights et la sono du vehicule de DJ. « Je n’ai pas besoin d’aller en party pour m’amuser m’explique Travis. Je prefere etre au milieu de la nature, avec les miens, la lune et des bieres ». Mary m’a dit que vous buviez specialement a la pleine lune, qu’elle est un signe de securite, de paix… Rose : « On boit a la pleine lune, demi-lune, quart de lune… a vrai dire tout le temps ! ». Je me disais bien… L’alcool fait son effet de mon cote aussi. A oublier le be entre deux Jim Beam, je suis a deux doigts de poser la question : Do you live in God ?
« Greg, si tu me vois boire demain, ne t’inquiete pas c’est normal ! » Ils me font penser a des gens perdus dans la nature. Le peuple Aborigene est connu pour la connaitre par coeur, mais c’est comme si un choc des cultures avait decime la leur. TV, Alcool et jeux passent par la. Et y’a quoi a manger ce soir ? Ma question etait pourtant claire : on rentre quand ?? « Du poulet, de la salade, du taboule…Help yourself ». Tu m’etonnes que je vais m’aider yourself. Généralement, je mange vers 18h et il est deja 1h du matin. « Mais tu dois leur dire au revoir ». Soit. Au revoir, au revoir a toi aussi, je te serre la main, a toi aussi, toi aussi… C’est finalement moins long que de dire au revoir a ma famille un soir de Noël ! Le fils de Rose me ramene. A la porte, ce ne sont plus les mouches qui me lechent les pieds mais 4,5,6, 7 chiens. Sur le carrelage sale, un papillon de nuit recemment decede tente tant bien que mal de me dire bonjour, tandis que des blates me souhaitent bonne nuit. Quand je disais que le Ghan etait vetuste, je crois que j’exagérais. Il y en a partout la cuisine. Sur mon lit ? Oui, aussi. Une piece d’un dollar tombe sous le lit et je découvre qu’ils n’attendent qu’une seule chose : que je me couche ! Mais avant de m’allonger, se dechausser. Des baskets bleus peuvent deteindre. Je confirme… On est bien dans le Centre Rouge.
Dure cuite hier soir… ai-je envie de dire a Rose ce matin. Mais ce doit etre normal, alors je ne dirai rien. Le programme de ce premier jour porte sur la peinture Aborigene. Theoriquement ! Il est 14h, j’attends toujours qu’elle vienne me chercher. A moins que je ne doive la rejoindre ? Je ne sais plus. Hier soir… Mary en est revenu a 5h du matin. Et bien sur au parc touristique de la region (elle y est guide), on l’a attendu toute la journee. « J’arrete de boire ces prochains mois. J’aime mon metier et je veux le garder » Suis-je dur ou realiste a penser que c’est perdu d’avance ? Un mauvais environnement annihile souvent les bonnes intentions. Dans l’arriere-cour avec des membres de la famille de Mary, on reste moderne. Mon portable sonne. C’est maintenant que Kim me recontacte… « Ouais mais a present, j’ai quitte Darwin ». Elle est vraiment de Batchelor ! Je raccroche et comme toujours, la conversation derive sur l’accent francais. « Sexy » mais ca n’ empeche pas Mary de se foutre du mien. Je sais que ce n’est pas mechant mais je suis vexe.
Cette communaute comme toutes les autres est calme. Pas un bruit dehors, tout le monde est a l’interieur. La quarantaine de degres et surtout les nombreux alcools absorbes incitent plutot au repos. Tout a l’heure, c’est l’interview avec Mary… Ce sera finalement la decouverte d’un nouveau spot (comprendre endroit ou l’on boit dans la nature). Deux bieres et « c’est tout ». Est-ce cette legere tempete de sable qui interrompt la beuverie quotidienne ? Ce n’est pas pour me deranger. S’en suit au retour la television et un film dvd, tout ce qui ne m’interesse pas de faire ici. Mais il y a parait-il des choses a faire lundi et mardi…. On verra mais franchement, je suis fatigue. Vraiment fatigue. Et physiquement aussi. C’en en me forcant que je sors du lit a 11h30. Devant la porte d’entree, trois chiots profitent du petit fond d’air.
Cette nouvelle experience dans les communautes aborigenes me confirme ce que je ne voulais pas voir. Ce qui se prepare ici n’est pas le futur. Il est quand meme tres interessant de constater la difference entre communautes a l’ecart de tout et celle-ci, proche de la ville et donc du bottle shop… L’auto-destruction est quand meme semblable. Le « gambling » aussi fait un ravage. Quotidien. Boire, jouer aux cartes, ne rien faire… C’est le quotidien. Vraie difference avec les autres communautes du Western Australia, celle-ci semble beaucoup plus ouverte. Je ne sens pas forcement de barriere. Est-ce parce qu’ils ont davantage l’habitude de croiser « l’ etranger » ? A Blackstone, Paul n’avait pas vu un blanc ( non travailleur : la plupart des infirmiers, gerant de superette, caissiers, ouvriers etc sont non-aborigenes) depuis tres longtemps… Et quant a Scott, le mari de Mary, il n’y a pas eu de reticences lorsqu’elle s’est marie avec un blanc ? « Pourquoi y aurait-il eu ? En plus, il a vecu longtemps en communaute. »
Watta !!! Faut que je sois plus « homme » lorsque je le dis. « Plus severe, plus dur… ». Je suis desole mais quand je dis bonjour, c’est comme je t’aime, je ne dis pas ichliebedich. A la tv, une pub a l’attention des communautes aborigenes. On y rappelle des banalites, puisqu’il le faut pour certains parents. Se laver les mains par exemple, avant de changer son bebe. Ou est Mary ? « Certainement partie boire ». Quelle question… Y’a le cousin de la soeur du frere…bref un membre de la famille de passage dans la communaute, et donc une nouvelle occasion de boire. Mais ca, c’est le cas partout en Australie. Il y a toujours une raison pour boire !
Du megot balance sur le carrelage au bifteack hache decongele de maniere tres etrange, j’assiste a un mode de vie plus anarchique qu’equilibre. Et Mary ne me cache rien, me dit tout… Je suis pourtant cense ecrire un livre. Je viens avec de bonnes intentions mais j’ecris avant tout une realite.
Pas de fruit, peu d’eau (mais si je veux me rafraichir, devinez quoi…), mauvaise alimentation, activite minimum… Rien d’etonnant a ce que je me sente mou. J’ai encore passe la matinee a dormir.
Mary revient de je ne sais ou (toujours comprendre un spot). L’interview etait prevue pour cet apres-midi mais comme depuis trois jours elle se sent fatigue, il fait trop chaud etc…L’interview aura finalement lieu dans la soiree. C’est pire qu’avec moi, il ne faut pas etre pressé ! Mary m’ apprend qu’elle est tres attachee a l’environnement. Au Jungle dump, comme dans les autres spots, la ou les canettes vides sont laisses sur place par centaines, je n’avais pas remarque qu’on parlait du même environnement…
Retour a Alice Springs le lendemain, association + bibliotheque : journee « stolen generation ».
Mardi, je prepare la journee de mercredi. Qui est bien sur reportee a jeudi. Clinique l’apres-midi puis le rendez-vous tant attendu avec Michael, Max, Travis et…Mister T. C’est qui Mister T ? « C’est lui qui a le gun ! ». Je vais enfin assister a une chasse au kangourou. Oubliez les peintures sur tout le corps et les lances, place au fusil et tee-shirts US. Dans les livres, les nomades sont fascinants. Dans la realite, je ne les ai pas vu. Il y a quelques jours, je regardais un documentaire intitule « Le dernier des nomades » (qui parle d’ailleurs de Warburton). J’aimerais en rencontrer, mais en existe t-il encore ?
J’ai decide de partir vendredi, je ne suis pas a l’aise. Vivre dans cette crasse est trop genant. Comment peut-on vivre ainsi ? Et recevoir ainsi ? Ce n’est pas une question de pauvrete, c’est une question d’hygiene.
Mary s’amuse encore de mon anglais. La, c’est mechant et c’est comme cela que je le prends. Ce n’est pas tres poli, mais ce n’est pas nouveau. Peu importe, je lui dis bonne nuit et elle m’annonce (encore) un programme charge pour demain. Ca sent encore le meme programme que le debut de semaine…patate chaude. Je reste le bienvenue, c’est gentil mais apres ? De petites choses a peine interessantes (bush fire, clinique avec Dave) et c’est tout. Encore une fois, la journee ne se passe pas comme prevu. Et encore une fois, la journee se deroule comme je l’avais prevu… Le contraire m’aurait etonne, point de chasse au roo ! Je ne demande meme plus d’explication et assiste a un meeting politique, escorte par les sept clebards de Mary, visiblement tous amoureux de moi. Je les ramene chez eux mais sans succes, ils ont fait un trou sous le grillage. Un petit blanc barbu dans une communaute aborigene et avec 7 chiens a ses pieds se dirigeant vers des elus… Je prefere jouer le jeu et m’en amuse moi-meme. Vu la surpopulation de chiens dans les communautes (ce qui n’est pas sans causer des problemes), ils semblent trouver cette situation presque normale. Ca m’amuse, vraiment.
Plus serieux, les locaux se plaignent que ce qui est fait dans la communaute ne vient que d’eux-memes. Cela me fait penser a ma semaine que j’ai passe sans grande energie, un peu resigne mais comme j’ai pu. « Merci Mary, je suis en ville pour encore quelques jours, tu m’appeles s’il y a du concret… ». Je n’ai meme pas ouvert ma camera. J’ avais pourtant l’autorisation, mais pour filmer quoi ? Certaines images auraient peut-etre servies mais je crois que sur le moment, je m’en foutais. Toutes ces attentes et deceptions vous freinent parfois. Et ce qui est embetant, c’est de toujours y croire. On y perd son temps, sa patience et ses espoirs. De la motivation aussi.
Le mythe aborigene, cela fait longtemps que j’en suis revenu. Ce peuple a sa magie, sa culture, ses connaissances impressionnantes du bush et de la nature… Il est interessant, c’est un fait ! Mais pour combien de temps encore ? Ses dignes representants se font si rares a mes yeux. Peut-etre paraîs-je mechant, mais je suis a peine dur. Il y a un ou deux mois, j’ecrivais un papier au ton semblable. Je ne l’avais pas mis en ligne (pas assez d’argent pour internet, puis le temps etait passe, d’autres choses a raconter…) mais je persiste. Se laisser assister de cette facon n’aide pas a se (re)lever, bien au contraire. Un petit tour au centrelink, 500 dollars qui tombent et on peut continuer a ne rien glander. La caresse du gouvernement dans le sens du poil est peut-etre vicieuse mais elle marche. Mieux vaut croiser un aborigene mort-vivant qu’un aborigene revendiquant les droits de son peuple. Les raisons sont toujours les memes et en Australie, certaines terres sont de veritables mines de tresors.
Je regarde ces enfants et je me demande combien de temps cela prendra t-il ? Combien d’annees avant que l’alcool ne les tue eux aussi ?
Aujourd’hui, je n’ai meme pas envie de discuter, car les gens que je croise ressemblent trop a ceux croises ces derniers jours. Ce que je dis n’est pas mechant, ce que je dis est dit avec depit. Marie et Roseanne m’offrent des peintures. Encore une fois, c’est gentil mais ce n’est pas ce que je retiens. Faire abstraction du chaos ambiant auquel j’assiste est juste impossible. Les memes gens que je vois dans la journee devienent meconnaissables la nuit. Des ombres, des larves, des fantomes… Ce produit les tue. L’alcool les tue vraiment. De tous les peuples vivants, il est le plus ancien et passera bientôt la main. A moins que le contraire ne se produise, et l’alcool sera alors rentre dans les moeurs si je puis dire : avec moderation, ou meme a l’australienne… Mais le temps aura fait ses preuves et apaise les exces de ce peuple qui a decouvert l’alcool il y a seulement 200 ans a l’arrivee des premiers colons. En attendant ce radical changement, la mort rode, encore et toujours.
Voilà…
Nouvelle experience dans une communaute et a nouveau decu. Il y a des espoirs qui ne restent que des illusions.
Et ben, la claque.
Il y eu pas longtemps de cela, un reportage sur les aborigenes. C’était à Alice spring si je me souviens bien. Et ce que tu nous raconte là est en tout point semblable au document.
la situation est déplorable, c’est triste, c’est dommage.
Monde de merde.
( content quand même de voir que t’as pas perdus ta langue dans ta plume camarade ! j’ai plein d’articles à rattraper, see you and may the force be with you)